OPINION : Pendant que l’Europe joue avec le feu, le monde est en jeu (de Clara Geffroy)

Bonjour, le blogue accueille la contribution de Mme Clara Geffroy qui va rejoindre l’équipe sous peu. Étudiant à la maîtrise à l’Université de Bordeaux, elle est en stage de recherche à l’Université Laval et travaille sous ma direction.

À la prochaine

Pendant que l’Europe joue avec le feu, le monde est en jeu

 

Coup de théâtre sur la scène européenne en ce début d’année 2025 ! Une proposition de changement tout autant attendue que surprenante a fait son apparition. En effet, une directive omnibus a été proposée par la Commission européenne fin février souhaitant modifier les textes du Green deal européen que sont la directive CSRD, la directive CS3D ainsi que le règlement sur la taxonomie verte. La « pause réglementaire » demandée s’appuie sur le rapport[1] de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, avertissant du manque de croissance de la productivité en Europe du fait d’une sur-réglementation. Il est impératif, selon lui, de « stabiliser l’environnement réglementaire » alors même que son rapport propose en grande partie une déréglementation des normes déjà acceptées en Europe. Ironie.

Sous la critique bien connue de « L’Amérique innove, la Chine copie, l’Europe réglemente »[2], le risque est désormais de connaître « l’Europe déréglemente ». Il n’est pas certain que ce choix soit sans critique. Ce nouveau cri d’alarme en Europe ne vient pas heureusement, ou malheureusement, exclusivement d’elle. En effet, le monde brûle de tensions commerciales et d’un paysage géopolitique en mouvement. Les États-Unis sont la première raison de cette initiative et leur Président, Trump, à nouveau élu en 2024 bouleversent les nécessités et les avancées mondiales, contraignant l’Europe a reculé sur ses projets, afin de rester compétitive face aux grandes puissances commerciales. Pourquoi Trump fait-il tant parler de lui en Europe ? Une telle réélection du Président Trump n’aurait-elle pas pu être imaginée par l’Europe ? Cela était-il si imprévisible que les textes européens ne l’aient pas pris en considération ?

Aujourd’hui, le président Trump affiche sa volonté grandissante de faire de l’écologie et de l’environnement un sujet illusoire voir inexistant. Dès sa réélection, ce dernier a quitté l’Accord de Paris, et aujourd’hui c’est le Green deal qu’il accuse d’être mauvais. Pourtant, le Green Deal impose des normes environnementales et sociales aux entreprises opérant en Europe, dont les entreprises américaines ayant un certain chiffre d’affaires dans l’Union européenne. Celles-ci sont vues par les États-Unis comme contraignantes et nuisibles aux intérêts américains et à la compétitivité américaine. Les États-Unis se sont dotés d’outils afin de faire pression sur l’Europe. Cependant, l’Union européenne ne peut céder au risque de voir son modèle économique affaibli, et ses volontés de défense des normes environnementales et sociales oubliées. Cette directive omnibus pensée par l’Union européenne pourrait être perçue comme une réponse avantageuse pour les États-Unis… comme celle de la « déréglementation d’Ursula von der Leyen »[3], critique pouvant encore une fois être faite de cette « déréglementation ».

Triste réalité. L’allègement des contraintes pesant sur les entreprises à court terme risque de les fragiliser sur le long terme. De quelles façons ? Les ressources sont de plus en plus rares, la pollution de plus en plus forte, les changements climatiques et les désastres naturels de plus en plus courants. Les entreprises, par la directive omnibus, bénéficient d’un report de la part de l’Union européenne quant à la transition vers une écologie durable, alors même que l’Union européenne ne peut accorder de report aux évolutions naturelles néfastes, défi inéluctable de nos jours. Le départ de la course à la compétitivité ne peut se faire sur le texte omnibus, elle doit rester celle initialement mise en place dans le Green Deal prévenant des évolutions naturelles futures bonnes et mauvaises.

Cet accord constitue un formidable levier de compétitivité face à aux concurrents américains ou chinois, car au-delà de l’aspect réglementaire, les investisseurs et les clients réclament, désormais, une démarche RSE solide de la part des entreprises.

L’ambition du Green Deal était de faire de l’Europe le moteur de la transition écologique.

Tandis que les États-Unis regardent dans le passé, l’Europe doit rester les yeux tournés vers l’avenir et la transition.

Sur le front de guerre, il ne faut jamais reculer pour gagner…


[1] Rapport remis par Mario Draghi à Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission Européenne.

https://commission.europa.eu/document/download/97e481fd-2dc3-412d-be4c-f152a8232961_en

[2] Document « La Semaine Juridique Edition Générale n° 6 », 10 février 2025, act. 175 de Jean-Baptiste Barbièri et Antoine Touzain

[3] Selon l’ONG World Wide Fund for Nature

Ce contenu a été mis à jour le 22 mars 2026 à 15 h 39 min.

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