engagement et activisme actionnarial
Que penser des actions à vote multiple ? Jean Bédard vous répond !
Ivan Tchotourian 14 juin 2016
Nous relayons cette nouvelle du Collège des administrateurs de sociétés qui a interrogé mon collègue Jean Bédard (professeur titulaire à l’Université Laval et formateur au Collège) sur ce qu’il pensait de l’existence des actions à vote multiple au Canada.
L’existence de plusieurs catégories d’actions va à l’encontre du principe de la démocratie actionnariale d’une action un vote. Ce renforcement du contrôle d’un groupe d’actionnaires comporte certains risques tels que la nomination de dirigeants en fonction de la proximité des candidats plutôt qu’en fonction de la compétence, de mauvais investissements et la captation de ressources aux dépens des actionnaires minoritaires. Hollinger International en est un exemple. Ainsi, selon un rapport d’enquête produit pour le conseil d’administration, les fonds accaparés par les actionnaires de contrôle de 1997 à 2003 représentaient 95,2 % de l’ensemble du résultat net ajusté de Hollinger pendant cette période. La proposition récente de Facebook de créer une nouvelle catégorie d’actions sans droit de vote en est un autre exemple.
Néanmoins, les actionnaires individuels et institutionnels sont prêts à accepter les risques associés à ces actions s’ils croient que cette structure va amener une meilleure performance pour la compagnie et ont confiance en l’actionnaire de contrôle ainsi que dans les autres mécanismes de gouvernance en place tels que le conseil d’administration. Ainsi, ces actions à vote multiple pourraient amener une vision plus à long terme pour l’entreprise. Les résultats des études à ce sujet sont contradictoires. Certaines montrent que le rendement des entreprises familiales dont les actions sont assorties de droits de vote différents ont une meilleure performance, alors que d’autre montrent que pour un rendement comptable similaire, leurs actions sont sous-évaluées par rapport aux autres entreprises.
Les actions à droit de vote multiple réduisent aussi les risques d’une offre publique d’achat (OPA) hostile d’une entreprise. Pour le Québec où on s’inquiète de la diminution des sièges sociaux, ceci peut être avantageux. Cependant, le risque d’une OPA amiable est toujours présent. L’acquisition d’Astral Media par BCE en est un exemple.
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Ivan Tchotourian
engagement et activisme actionnarial normes de droit
Voix discordante sur la réforme du say on pay en France
Ivan Tchotourian 14 juin 2016
L’objectif peut paraître louable : les rémunérations démesurées de certains dirigeants requièrent des contre-pouvoirs. Les chercher dans un vote des actionnaires est néanmoins une impasse. Cela renforcera un pouvoir actionnarial aujourd’hui prépondérant qui a des effets dépressifs sur l’investissement. La mesure qui vient d’être votée présente en effet une limite, qui est souvent évoquée, et un effet pervers qui est quant à lui rarement mentionné. La limite, c’est le caractère inoffensif de la mesure pour la plupart des dirigeants. Après tout, les administrateurs sont nommés et révoqués par les actionnaires, et les structures des conseils d’administration reflètent donc les structures de propriété des grands groupes.
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Ivan Tchotourian
Gouvernance Valeur actionnariale vs. sociétale
Le court-terme dénoncé
Ivan Tchotourian 14 juin 2016
Belle tribune de M. Gérard Bérubé dans Le Devoir du 11 juin : « Les ravages du court terme ». Ce dernier revient sur ce qu’il appelle – à juste titre – le diktat qui se se trouve pérenniser par une politique de rémunération des hauts dirigeants basée sur des indicateurs incitant à la performance à court terme. Comme l’auteur le note, « on pense à un bénéfice par action cible et à un objectif de rendement total pour l’actionnaire ».
Le cri du coeur est venu cette semaine d’un cabinet de services comptables. PwC a dit s’inquiéter de la vision à court terme des actionnaires. PwC faisait le bilan 2015 de l’industrie minière. Une année « caractérisée par une dégringolade générale ». Les 40 plus grandes sociétés minières ont enregistré collectivement une perte nette pour la première fois. Leur capitalisation boursière a fondu de 37 %, effaçant « tous les gains réalisés durant le supercycle des matières premières ». Le cabinet d’ajouter : « À l’échelle mondiale, on s’inquiète de la vision à court terme des actionnaires, qui se concentrent sur la variation des prix des matières premières et privilégient les rendements à court terme plutôt que l’horizon de placement à long terme indispensable dans le domaine minier. »
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Ivan Tchotourian
autres publications Gouvernance Valeur actionnariale vs. sociétale
Gouverner une entreprise n’est pas gouverner un État !
Ivan Tchotourian 14 juin 2016
En voilà une drôle de question que je vous propose pour mon dernier de blogue Contact : « Gouverner une entreprise et gouverner un État: les dangers d’une analogie ». Est-ce que gouvernance (d’une entreprise) et gouvernement (d’un État) peuvent être rapprochés ? Si la réponse est souvent positive, il faut se méfier. L’image est belle, mais elle déforme la réalité.
Est-il possible de rapprocher la gouvernance d’une entreprise du gouvernement d’un État? Cette question m’est venue de plusieurs articles de presse récents ainsi que de recherches que je mène depuis plusieurs années dans le domaine de la gouvernance d’entreprise. Faut-il penser la gouvernance d’entreprise sur un modèle politique de type démocratique? Ici, poser la question n’est pas y répondre: il faut se méfier des évidences… Un fameux juriste français (le doyen Georges Ripert) s’interrogeait déjà sur ce thème en 1951 en soulignant, dans son style unique, les limites de l’analogie.
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Ivan Tchotourian
autres publications mission et composition du conseil d'administration
Les femmes plus dans les comités du CA
Ivan Tchotourian 12 juin 2016
Selon une étude parue le 8 juin 2016 sur le blog de Harvard (« Women Directors and Participation on Key Committees »), la féminisation des CA progressent mais davantage dans les comités du CA.
Women corporate directors globally are showing greater proportional gains on occupying key board committees than on boards overall, according to a new analysis by leading governance and ESG data and analytics provider Institutional Shareholder Services.
Point intéressant sue le Canada :
Among markets outside Europe, boards of Australian companies showed the greatest proportional gains for overall female boardroom representation between 2014 and 2016 with a 4.9 percent increase, and with female directors now making up just under 21 percent of all directorships at those companies. Canadian companies analyzed saw the greatest growth outside of Europe in female representation on audit committees, jumping 5.6 percentage points during that same period.
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Ivan Tchotourian
Gouvernance
Disappearing From View: America’s Shareholders
Ivan Tchotourian 12 juin 2016
Excellent article par Jason Zweig paru au The Wall Street Journal sous le titre de « Disappearing From View: America’s Shareholders ». Cet article rappelle la concentration de l’actionnariat des grandes sociétés américaines !
Morceau choisi :
In the stock market, more ownership seems to be concentrated in fewer hands all the time. (…)
The trend is accelerating. Twenty years ago, according to S&P Dow Jones Indices, the typical company among the largest 1,500 stocks had 3,342 shareholders of record. By the end of 2010, that was down to 2,689.
Among all stocks tracked by S&P Dow Jones Indices, shareholders of record have shrunk to a median of 352 today from 1,626 two decades ago.
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Ivan Tchotourian
mission et composition du conseil d'administration
PME : n’oubliez pas le CA !
Ivan Tchotourian 11 juin 2016
IAS Québec diffuse de manière pertinente un résumé de leur manifestation. Dans le cadre de ce blogue, nous avions relayé l’intervention de Robert Eccles. Cette fois-ci, l’IAS a organisé le 7 juin dernier un événement pour discuter de la pertinence de constituer un CA pour les PME : « Les avantages d’un CA dans une PME ».
Qu’en retenir ?
Bien des entrepreneurs ont une peur bleue de mettre en place un modèle de gouvernance dans leurs PME. Non seulement ils n’en perçoivent pas l’utilité, plusieurs estiment qu’un conseil d’administration ralentirait la vélocité, l’agilité et l’esprit entrepreneurial de l’entreprise. (…)
La constitution d’un CA a aidé les dirigeants à «prendre du recul et modérer leurs transports», a relaté le pdg, ce qui s’est avéré une excellente décision «car les bouchées auraient été trop grosses,» a-t-il ajouté. En plus de lui apporter une meilleure gestion de risques, le CA de Exo-s a contribué à l’établissement d’une meilleure structure de reporting, a-t-il poursuivi. (…) Les administrateurs ont été choisis sur la base d’une expertise qui allait soutenir l’entreprise dans sa stratégie de croissance : «nous voulions nous assurer que les éléments majeurs de notre stratégie, ou les plus critiques, étaient couverts,» a expliqué M. Duchesne. (…) Benoît Poupart (…) a expliqué que le conseil d’administration, en plus de lui apporter des points de vue valant son pesant d’or en matière d’orientation stratégique, lui avait livré des avantages auxquels il ne s’attendait pas : « Le fait d’avoir un CA nous a aidé à recruter un gestionnaire de haut niveau de talent. Quand on l’a approché, il nous a demandé de parler avec des membres du CA et j’ai la conviction que cela l’a rassuré. Ensuite, nous nous sommes servis de cet avantage avec nos gros clients, qui nous ont jugés de façon plus favorable parce qu’on avait une structure de gouvernance ».
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Ivan Tchotourian